vendredi 22 juillet 2011

Diz for Pres

Je viens de recevoir ce matin le bouquin commandé "The great Jazz interviews" compilant les grandes interviews ou/et grands papiers ( Ralph Gleason et autres ) parus dans Down Beat depuis son origine. Copieux et richement illustré, ce bouquin semble la meilleure affaire de ma vie depuis que j’ai rencontré ma femme. Passons.  


Je vais le lire bien sur mais je l’ai déjà feuilleté- c’est le meilleur moment de la vie d’un livre non  ?


Je me suis arrêté sur une interview de Dizzy Gillespie, en 1964 quand ce dernier postulait au titre de président des États-Unis. "Dizzy for President" c’était de la blague bien sur mais, avec le recul, force est de constater qu’il ne disait pas que des insanités rigolardes.


Après avoir, mi figue mi Dizzy, parlé évidemment des droits civiques qui étaient le grand sujet en cette rentrée 64, Diz répond à des questions saugrenues d’une manière qui l’est moins qu’il n’y parait. Ecoutez:


"L’économie est la clé de tout le truc. Par exemple si tous mes partisans disaient qu’ils ne vont pas acheter tel ou tel produit pendant trois jours, réfléchissez à ce qu’il arriverait à l’action en Bourse de la firme produisant cet article ?Si le cours chutait drastiquement- Boom! Ils se dépêcheraient de protéger leurs investissement. Ils se hâteraient pour redresser les injustices" 


Est-ce que ça ne vous rappelle pas un footballeur prénommé Eric ? Sauf que Diz est malicieux et Cantona sinistre.


Autre réponse:


"Une autre question est relative à la question fiscale. Je dis que nous devrions rendre la loterie légale. Une loterie « Nationale » pour l’ensemble du Pays et tout le monde- épicerie, stations service…- pourrait vendre des carnets de tickets. Tout le bénéfice irait au gouvernement. Vous rendez vous compte des millions de dollars que génèrent aujourd’hui les loteries clandestines ? Tout le monde est joueur, Quand vous venez sur terre vous pariez pour savoir si ça vaut le coup. Pourquoi ne pas canaliser cet état pour la bonne cause générale."


La loterie est prohibé aux Etats unis sous la pressions des milieux protestants vertueux et ces propos paraissaient sans doute tout à fait iconoclastes, mais il venait simplement d’inventer la « Loterie Nationale » que nous connaissons ici depuis plus d’un siècle.


Enfin, à la question "Etes vous millionnaire" Diz répond:


"Pas du tout. Mais je me souviens il y a quelques années j’avais vu la une d’un tabloïd ( le New York Mirror aujourd’hui disparu) qui annonçait «Un millionnaire du BeBop a des ennuis ». En général il existe tout une partie des médias que je ne lis pas car je n’en crois pas un mot mais là c’était parfaitement ridicule, car à l’époque je ne connaissais pas un seul bopper qui ait plus de deux dollars à frotter l’un contre l’autre."


Cette défiance semble bien être nécessaire 47 ans plus tard…


Demain peut être je vous communiquerai le cabinet tel que Dizzy l’envisageait. Férocement rigolo.


Un petit Diz ?- la réconciliation publique avec Satch. Enjoy !




Unsung Heroes



Depuis Valaida Snow, Nica de Koenigswarter ou Jutta Hipp, je vous sens accros aux destins bizarres, aux personnalités qui sortent de l’ordinaire et qui nous changent de notre train train quotidien. Il faut bien rêver non ? Je suis en train de devenir le tabloïd de l’histoire du Jazz. Pourvu que je ne finisse pas comme les affidés de Murdoch…


Donc, dans cette veine j’en tiens un pour vous mais rassurez vous c’est édifiant et tout. Pas de drogues douces ou dures, pas de suite au Sofitel, enfin vous allez voir:


Le nom de john Sanders ne vous dit surement rien. Pourtant si, comme moi, vous êtes un Ellingtonolatre ( quel néologisme!) vous avez forcément croisé le lascar. Tiens par exemple il était sur scène à Newport en 1956.  Je vous vois dresser l’oreille.


Résumons. Notre Sanders était dans sa jeunesse un pur harlémite, né et élévé dans la 138 ème rue, ce qui ne dira évidemment quelque chose qu’à ceux qui ont la topographie de New York en tête. Il était issu de ces très nombreuses familles de Harlem où la musique tenait naturellement une grande place. Chick Webb ou Count Basie résidaient tout près et l’apollo était à deux pas. Mais john entretenait sa différence. Il allait dans une école catholique, alors que la communauté était largement adeptes des diverses sectes protestantes habituelles. 


A 13 ans il a vu jouer Duke Ellington et ses sbires, ce qui a décidé de sa vocation, qui ne sera pas sa dernière mais patience! Il deviendra musicien, tromboniste plus particulièrement. Engagé dans l’armée en 1943- pas forcément la meilleure période pour être militaire- il parfera son art dans la musique de la Navy  puis finira son apprentissage à l’institut Julliard de New York.


Devenu professionnel, notre Johnny jouera dans l’orchestre du Savoy Ballroom, célèbre Dancefloor de New York, sous la direction de Lucky Thompson, avant d’être remarqué par Duke Ellington qui le débauchera en 1952 d’abord puis en 1954 ensuite. Il sera aux côtés du Duke jusqu’en 1959 soit une période très féconde de l’œuvre ducale. Passé du trombone à coulisse au trombone à pistons, sans doute pour donner à l’orchestre la couleur particulière que Juan Tizol, autre "pistonniste"  apportait, il sera aussi le copiste du Duke et de Billy Strayhorn.


Bien, me direz vous, intéressant pour les ( de plus en plus nombreux ) fanas du Duke mais où est la curiosité annoncée plus haut ?


J’y arrive petits amis. Notre John, gavé de sermons dans son enfance a repiqué au truc avec la haute spiritualité du Duke, notamment les "concerts Sacrés" des années 60. Cela à tel point que, jetant aux orties trombone et pistons, il se réfugia dans un séminaire pour en sortir prêtre catholique de bon aloi. Le Duke lui-même sera présent à son ordination et il poursuivra sa coupable activité pendant 25 ans jusqu’à devenir "Monsignor" . Le voilà dans l’uniforme de la fonction:




Qui a dit que le Jazz était une musique de perdition ? Au vu d’une telle histoire, je serais le Pape je remplacerais illico les motets par Saint Louis Blues et les cantiques par John Hendrickx . 


Si vous cliquez sur la vidéo ci-dessous vous apercevrez, sur un Medley de 1958, notre John exécutant " Caravan" à la manière de son prédécesseur et compositeur du titre Juan Tizol .


Mes biens chers frères, mes biens chères sœurs, John Sanders:


A bientôt chers petits amis

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